14 mars 2016

Je ne parle pas ma langue


Kribi, Cameroun


Il paraît qu'un peuple qui perd sa langue perd un peu de lui-même. Je viens d'un pays où on parle plus de 200 langues. Mes deux parents viennent de deux groupements ethniques assez opposées. Je n'ai jamais vraiment eu à apprendre la langue de l'un ou de l'autre. Le français a toujours contenté tout le monde. J'ai appris quelques mots ça et là au gré des traductions de chansons bikutsi ou de cantiques chrétiens. Ça ne m'a jamais vraiment dérangé jusqu'aujourd'hui. Je fréquente quelqu'un de la même ethnie que moi qui ne parle pas la langue. Imaginons qu'on ait des enfants, ils ne parleront forcément pas leur langue. Quelles racines leur donnerons-nous? 


La plupart de mes amis ne parlent pas de patois qu'ils soient issus de mélanges ou non. Nous sommes pourtant de cette génération qui se dit prête à changer les choses. Une génération de plus, me direz-vous mais nous sommes nombreux à vouloir jouer un rôle. Quel impact pourrions nous avoir si on n'est pas ancrés dans nos cultures? D'aucuns trouveraient que ce serait un moyen d'éradiquer les tribalismes. Est-ce qu'uniformiser est la solution pour évoluer? J'ai peur de vivre dans un monde où on se ressemble tous, où on choisit d'oublier nos histoires respectives pour le "vivre ensemble". Est-ce que vivre ensemble implique d'être tous pareils?

La particularité de la culture est qu'elle laisse une empreinte indélébile. Qui ne connaît pas les clichés sur la France? La baguette, le béret, la mode, la haute-gastronomie... Une culture qui contribue à faire vivre le pays. Qu'est-ce que je connais du peuple Bulu du Cameroun? Qu'est-ce que je sais des Bandjoun? Pourrais-je citer à mes enfants un de leurs ancêtres dont ils peuvent être fiers? Qu'est-ce qui les rattachera à leurs semblables?

Je me rends compte à quel point il est facile de se lancer dans des combats sans réelles armes. Il est difficile de faire accepter aux autres qui nous sommes si nous n'en sommes pas nous mêmes fiers. Je ne parle pas ma langue et aujourd'hui, j'en ai honte. J'ai honte d'avoir lu tant de choses sur une histoire qui a fait souffrir mes ancêtres sans chercher à savoir comment ils vivaient avant, qu'est-ce qu'ils aimaient manger, pourquoi ils dansaient sur tel ou tel rythme. Plus que les souffrances et les langues de l'esclavage et du colonialisme, il y a sûrement bien plus que nos ancêtres auraient voulu nous léguer.

Je ne parle pas ma langue, je ne connais pas mon histoire mais je compte y remédier.

3 commentaires :

  1. Tu n'es pas seule . Je suis métisse de cultures mère bassa qui me parle en sa langue maternelle je comprends mais je ne parle pas , mon père quand à lui est ewondo je n connais que quelques mots que j'entends j'avoue je n fais pas d'efforts j'en ai honte parceque si on veut te dire quelque chose et que t'es pas capable de répondre c'est grave.�� Essayons de conserver notre culture

    RépondreSupprimer
  2. Il ne faut pas avoir honte. Tu as la vie pour apprendre. Si tes parents ne t'ont pas parlé en bulu, comment tu vas faire pour le connaître ? Le fait que tu t'y intéresses est déjà le plus important non ?

    RépondreSupprimer
  3. Il faut se rapprocher de ceux qui en parlent et apprendre comme si c'était l'anglais ou l'informatique ou toute autre formation qu'on fait pour s'outiller davantage dans ce monde.

    RépondreSupprimer

Dites moi tout. Qu'avez-vous pensé de cette may-sitation?